Tutoriel

Ma première valorisation

Créer votre premier actif, lancer deux méthodes de valorisation et lire le résultat.

À la fin de ce tutoriel, vous aurez créé votre premier actif, lancé deux méthodes de valorisation dessus, et vous saurez lire le résultat obtenu.

Nous allons valoriser une entreprise fictive de bout en bout. Vous pouvez suivre avec vos propres chiffres : les manipulations sont identiques.

On commence par le chemin le plus court. Mukeï propose deux façons de valoriser : directement depuis la fiche d'un actif, ou à l'intérieur d'une démarche — une mission encadrée en cinq phases qui produit un rapport. Ce tutoriel emprunte le chemin direct, plus rapide pour comprendre le produit. La démarche est traitée dans sa propre section.


Le vocabulaire dont vous aurez besoin

Trois mots reviennent en permanence dans Mukeï. Les voici, une fois pour toutes.

Actif. Ce que l'on valorise. Chez Mukeï, un actif appartient à l'une de quatre familles : une entreprise, un logiciel, une marque ou un brevet. Le type que vous choisissez détermine ensuite les méthodes qui vous seront proposées.

Méthode. Une façon de répondre à la question « combien ça vaut ». Mukeï en propose 15, réparties entre les quatre types d'actifs. Aucune n'est la bonne dans l'absolu : on en croise plusieurs.

Valorisation. Le résultat produit par une méthode sur un actif, à une date donnée, avec des paramètres donnés. Un même actif peut porter plusieurs valorisations, et c'est même le but.


Notre exemple

Tout au long de ce tutoriel, nous valorisons une société inventée pour l'occasion :

Atelier Ferblanc SAS — société fictive Conception et fabrication d'éclairages sur mesure, créée en 2018, 11 salariés. Chiffre d'affaires du dernier exercice : 2 400 000 €. Excédent brut d'exploitation : 312 000 €. Dette financière nette : 180 000 €.

Ces chiffres sont inventés et ne correspondent à aucune entreprise réelle.

Excédent brut d'exploitation (EBE) : ce que l'activité dégage avant amortissements, provisions, intérêts et impôts. C'est la mesure la plus proche de la capacité de l'entreprise à générer de la trésorerie par son exploitation courante. Vous le trouverez dans votre compte de résultat, ou votre expert-comptable vous le donnera en trente secondes.

Dette financière nette : les emprunts, moins la trésorerie disponible. Une société avec 400 000 € d'emprunts et 220 000 € en banque a une dette nette de 180 000 €.


Étape 1 — Créer l'actif

Depuis votre tableau de bord, ouvrez Mes actifs, puis créez un nouvel actif.

Mukeï vous demande d'abord quel type d'actif vous souhaitez valoriser. Quatre cartes vous sont proposées : Entreprise, Logiciel, Marque, Brevet.

Choisissez Entreprise.

Vous hésitez sur le type ? L'application vous le dit elle-même : en cas de doute, commencez par « Entreprise ». Si vous éditez un logiciel via une société, vous pouvez d'ailleurs créer les deux — la société comme entreprise, le produit comme logiciel — et les valoriser séparément.

Deux façons de remplir la fiche

L'écran suivant démarre en mode recherche : vous tapez le nom ou le SIREN de la société, et Mukeï récupère automatiquement sa fiche auprès de Pappers — nom, SIREN, forme juridique, code NAF, adresse, capital, année de création, effectif. Le secteur d'activité est déduit du code NAF.

Un lien Saisie manuelle bascule vers le formulaire complet si vous préférez tout renseigner vous-même, ou si la société n'est pas au registre.

Notre Atelier Ferblanc étant fictif, passons en saisie manuelle.

Ce qu'il faut remplir

Le formulaire est long, mais deux champs seulement sont obligatoires :

Champ Notre exemple Obligatoire
Nom de l'entreprise Atelier Ferblanc SAS oui
Secteur d'activité Industrie oui
Numéro SIREN (laissé vide) non
Description de l'activité Éclairages sur mesure non
Forme juridique SAS non
Année de création 2018 non
Nombre d'employés 11 non

Le reste — code NAF, adresse, capital social — peut attendre. Vous pourrez compléter à tout moment.

Ne cherchez pas les champs financiers : ils ne sont pas là. La création d'un actif ne collecte que son identité. Le chiffre d'affaires, l'EBE et la dette se saisissent plus tard, au moment du calcul. C'est voulu : un actif existe indépendamment des chiffres d'un exercice donné.

Le secteur d'activité mérite un instant de réflexion. Ce n'est pas un champ décoratif : il détermine les multiples de marché et le coût du capital que Mukeï proposera par défaut. Un fabricant classé « Logiciel » hériterait de multiples sans rapport avec son activité. Prenez le secteur qui décrit le mieux ce que l'entreprise vend réellement.

Validez avec Créer l'actif.


Étape 2 — Découvrir la fiche de l'actif

Vous arrivez sur la fiche d'Atelier Ferblanc. Elle est organisée en sept onglets :

Onglet Ce qu'on y trouve
Synthèse La vue d'ensemble : valeur retenue, comparaison des méthodes. Vide pour l'instant.
Informations générales L'identité que vous venez de saisir, en détail.
Données Les données financières et l'historique par exercice.
Valorisations La liste de vos calculs et leur évolution dans le temps.
Paramètres Les paramètres de valorisation par défaut de cet actif.
Documents Les pièces justificatives rattachées.
Démarches Les missions encadrées portant sur cet actif, et les rapports produits.

L'onglet Synthèse affiche pour l'instant « Aucune valorisation pour le moment ». C'est normal : nous n'avons rien calculé.

En haut à droite, deux boutons restent visibles quel que soit l'onglet : Rapide et Nouvelle. Nous allons utiliser le second.


Étape 3 — Choisir une première méthode

Cliquez sur Nouvelle. Vous arrivez sur l'écran des valorisations, en deux colonnes : à gauche les méthodes disponibles, à droite les valorisations calculées (vide pour l'instant).

Parce que notre actif est de type Entreprise, cinq méthodes sont proposées :

Méthode Ce qu'elle fait
Discounted Cash Flow Actualise les flux de trésorerie futurs et ajoute une valeur terminale.
Comparables sectoriels Applique un multiple de marché à un agrégat de l'entreprise.
Actif net réévalué Réévalue les actifs du bilan et retranche les dettes.
Valeur d'ancrage Part d'une opération financière réelle : prix par part × nombre de parts.
Risk-adjusted NPV Probabilise des flux futurs par phases de développement.

Certaines méthodes peuvent apparaître grisées avec un cadenas : elles sont réservées à un niveau d'accès supérieur au vôtre. D'autres peuvent ne pas apparaître du tout, pour la même raison. Ce n'est pas un bug.

Commençons par Comparables sectoriels. C'est la plus rapide à renseigner, et elle donne un ordre de grandeur immédiatement lisible.

Ce que fait la méthode des comparables

Le raisonnement tient en une phrase : si les entreprises comparables à la mienne se vendent en moyenne 6 fois leur EBE, la mienne vaut environ 6 fois son EBE.

Multiple : ce coefficient de 6. Il est observé sur un échantillon de sociétés du même secteur.

Mukeï applique ensuite une décote de taille. Les multiples de référence sont observés sur des sociétés cotées, grandes et liquides — on peut revendre leurs titres en une journée. Une PME de onze personnes ne se revend pas ainsi : elle vaut donc moins cher, à performance égale. La décote traduit cet écart.

Enfin, on retranche la dette nette. Le multiple donne ce que vaut l'activité : c'est la valeur d'entreprise. Mais un acquéreur qui rachète la société hérite aussi de ses emprunts. Ce qui revient à l'actionnaire — la valeur des capitaux propres — c'est la valeur d'entreprise moins la dette nette.

Cette distinction est la plus fréquemment confondue de tout le métier. Retenez-la.

Renseigner les paramètres

Cliquez sur la carte Comparables sectoriels : un formulaire se déplie sous la liste. Renseignez nos chiffres :

  • Excédent brut d'exploitation : 312 000
  • Dette nette : 180 000
  • Multiple sectoriel : laissez la valeur proposée par défaut
  • Décote de taille : laissez la valeur proposée par défaut

Pourquoi ne pas toucher aux valeurs par défaut la première fois ? Elles ne sortent pas de nulle part : les multiples sectoriels proviennent des données publiées par Aswath Damodaran (Stern School of Business, université de New York), une référence largement utilisée dans la profession, dans son millésime Europe. Les modifier se justifie quand vous disposez de transactions comparables mieux ciblées — mais il faudra alors le documenter.

Lancez le calcul.


Étape 4 — Lire le résultat

La valorisation apparaît immédiatement dans la colonne de droite. Trois éléments sont à regarder, dans cet ordre.

Le montant

C'est le chiffre. Sur notre exemple, avec un multiple sectoriel autour de 6 et une décote de taille, on obtient une valeur des capitaux propres de l'ordre de 1,5 million d'euros. Votre chiffre exact dépendra du secteur retenu et du millésime des données.

Ce chiffre n'est pas un prix. C'est une estimation de valeur par une méthode. Le prix, lui, se forme dans une négociation. Nous y reviendrons.

Le badge de confiance

À côté du montant, un badge indique Confiance élevée, moyenne ou faible. Il traduit la robustesse du calcul au regard des données fournies : plus les entrées sont complètes et cohérentes, plus la confiance monte. Une confiance faible n'invalide pas le résultat — elle vous dit de le manier avec précaution et de le croiser.

Les étapes de calcul

C'est la partie la plus importante, et celle que tout le monde saute.

Sous le montant, Mukeï affiche le détail de chaque étape : l'intitulé, la formule appliquée, et le résultat intermédiaire. Vous voyez donc littéralement le multiple retenu, la décote appliquée, la valeur d'entreprise obtenue, la dette retranchée, et la valeur finale.

Prenez trente secondes à les lire maintenant. Deux raisons :

  1. Vous vérifiez que Mukeï a compris vos chiffres. Une dette saisie à 180 000 000 au lieu de 180 000 se repère en un coup d'œil dans les étapes, jamais dans le montant final.
  2. C'est ce que regardera un tiers. Un expert-comptable, un investisseur ou un vérificateur ne vous demandera pas votre chiffre : il vous demandera comment vous y êtes arrivé. Ces étapes sont votre réponse.

Étape 5 — Croiser avec une deuxième méthode

Une seule méthode ne suffit jamais. Non par précaution rhétorique, mais parce que chaque méthode répond à une question différente.

Mukeï classe ses méthodes en trois approches :

Approche La question posée
Effort Combien a-t-il fallu dépenser pour l'avoir ?
Marché Combien paie-t-on pour un actif comparable ?
Potentiel Combien va-t-il rapporter ?

Les comparables relèvent du Marché. Ajoutons une méthode du Potentiel.

Retournez à la colonne de gauche et choisissez Discounted Cash Flow, souvent abrégé DCF.

Ce que fait le DCF

Le DCF part d'un principe simple : une entreprise vaut ce qu'elle va rapporter. On projette donc ses flux de trésorerie sur plusieurs années, puis on les ramène à leur valeur d'aujourd'hui.

Actualiser, c'est cette opération de ramener une somme future à aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que 100 € promis dans cinq ans valent moins que 100 € reçus maintenant : il faut attendre, et il y a un risque de ne jamais les toucher. On divise donc chaque flux futur par un taux, appliqué autant de fois qu'il y a d'années à attendre.

Le taux d'actualisation mesure ce risque. Plus l'entreprise est risquée, plus le taux est élevé, plus la valeur obtenue est basse. Mukeï le calcule par défaut selon le WACCcoût moyen pondéré du capital — qui combine ce qu'exigent les actionnaires et ce que coûte la dette bancaire, chacun pondéré par sa part dans le financement.

La valeur terminale. On ne peut pas projeter à l'infini. On projette donc quelques années en détail, puis on résume tout ce qui suit dans un seul chiffre : la valeur terminale. Elle représente souvent plus de la moitié du résultat final — c'est le premier endroit qu'un lecteur exigeant ira regarder.

Renseignez le formulaire avec les mêmes chiffres, laissez les paramètres par défaut, et lancez.


Étape 6 — Comparer les deux résultats

Revenez sur la fiche de l'actif, onglet Synthèse. Vos deux valorisations y apparaissent maintenant côte à côte, avec un graphique de comparaison.

Les deux chiffres ne sont pas identiques. C'est normal, et c'est le but.

  • Un écart faible (moins de 20 % environ) : les deux approches se confirment. Votre fourchette est solide.
  • Un écart important : ce n'est pas une erreur, c'est une information. Une valeur DCF très supérieure aux comparables signale une entreprise que le marché paierait moins cher que ce que ses projections annoncent — donc des projections optimistes, ou un secteur mal valorisé. Dans les deux cas, il y a quelque chose à comprendre avant de retenir un chiffre.

Que retenir, alors ? Pas une des deux valeurs, mais la fourchette qu'elles dessinent. Atelier Ferblanc vaut « entre 1,4 et 1,9 million », pas « 1 634 200 € ». La fausse précision dessert : personne n'y croira.

Quand vous voudrez trancher un chiffre unique, vous pondérerez les méthodes — attribuer un poids à chacune pour obtenir une valeur retenue. C'est ce que fait la phase calculatoire d'une démarche.


Ce que vous savez faire maintenant

Vous avez créé un actif, lancé deux méthodes issues de deux approches différentes, lu les étapes de calcul, et compris pourquoi il faut raisonner en fourchette.

Trois choses que ce tutoriel n'a pas couvertes, et qui font la différence entre un chiffre indicatif et un chiffre défendable :

  • Les données historiques. Nous avons saisi un seul exercice. En renseignant plusieurs exercices dans l'onglet Données, les méthodes gagnent en robustesse — une tendance vaut mieux qu'un point.
  • L'analyse de sensibilité. Sur la fiche détaillée d'une valorisation, un curseur vous laisse faire varier le paramètre le plus déterminant de la méthode et voir la valeur bouger en direct. C'est la meilleure façon de comprendre ce qui pilote réellement votre résultat.
  • La démarche. Le chemin encadré, en cinq phases, qui rassemble documents, données, calculs, pondération et recommandation, et produit un rapport structuré.

Un avertissement, pour finir

Une valorisation n'est pas un prix de transaction. Elle établit une valeur argumentée à une date donnée, selon des méthodes explicites et des hypothèses que vous assumez. Le prix, lui, dépend d'un acheteur, d'un moment et d'un rapport de force.

Ce que Mukeï vous donne, ce n'est pas le prix : c'est la capacité de défendre votre chiffre. Chaque calcul conserve ses étapes, ses hypothèses, la version du moteur qui l'a produit et sa date. C'est ce qui fait la différence entre un chiffre et un argument.


Et ensuite

  • Le catalogue des méthodes — les 15 méthodes, ce que chacune mesure, quand la choisir.
  • Pourquoi une valorisation est opposable — la mécanique de traçabilité, en détail.
  • Qu'est-ce qu'une démarche — le chemin encadré qui produit un rapport.
  • Les quatre types d'actifs — si vous devez valoriser autre chose qu'une entreprise.