Référence

Exonération de redevances (marque)

La méthode de référence pour valoriser une marque : ce qu'elle mesure, les données qu'elle réclame, comment le calcul se déroule et ce qu'un tiers peut lui opposer.

Approche Marché. Nom anglo-saxon d'usage : relief from royalty. Retour au catalogue des méthodes.

En une phrase

La marque vaut la somme des redevances que son propriétaire évite de verser, parce qu'il la détient au lieu de la louer.

Ce qu'elle mesure vraiment

Une redevance est le loyer d'un actif immatériel : la somme qu'un utilisateur verse chaque année au propriétaire d'une marque pour avoir le droit de l'exploiter. Elle s'exprime en pourcentage du chiffre d'affaires réalisé sous cette marque — c'est le taux de redevance.

Le raisonnement de la méthode est un raisonnement par l'absurde utile. Imaginez que vous ne possédiez pas votre marque. Pour continuer à vendre sous ce nom, il faudrait la louer à son détenteur et lui verser une redevance chaque année. Vous la possédez : cette dépense n'existe pas. L'économie ainsi réalisée, année après année, est un flux de trésorerie bien réel, attribuable à la marque et à elle seule.

C'est ce qui fait sa force : elle isole la contribution de la marque sans avoir à démêler tout ce qui, dans le résultat de l'entreprise, vient de l'outil de production, des équipes ou du carnet de commandes. Le marché des licences fournit directement le prix de l'usage du nom.

C'est aussi une méthode classée Marché et non Potentiel, même si elle projette des revenus : le paramètre qui porte la valeur — le taux de redevance — est observé sur des transactions réelles de licence.

Pour quel type d'actif

Marque (TRADEMARK) exclusivement, dans Mukeï.

Elle convient à la marque parce qu'un marché de la licence de marque existe réellement et est documenté : franchise, licence de nom, co-branding. Les fourchettes de taux par secteur sont publiées et discutées depuis des décennies. Pour un actif sans marché locatif observable, le raisonnement s'effondre faute de référence de prix.

La transposition au brevet existe et fait l'objet d'une fiche distincte : Exonération de redevances (brevet). Le moteur de calcul est le même ; ce qui change est la nature du revenu retenu et l'horizon, borné par la durée de protection.

Les données qu'elle demande

Donnée Origine Obligatoire
Chiffre d'affaires attribuable à la marque, année par année Saisie — préremplie depuis les revenus de licence de l'actif si renseignés Oui — au moins une année
Taux de redevance Saisie, valeur par défaut 5 % (ou le taux porté par l'actif) Oui
Taux d'actualisation Saisie, valeur par défaut 10 % (ou le taux porté par l'actif) Oui
Taux de croissance terminal Saisie, valeur par défaut 2 % Oui
Taux d'imposition Saisie, valeur par défaut 25 % Oui
Date d'évaluation Saisie, par défaut la date du jour Oui
Inclure une valeur terminale Case à cocher, cochée par défaut Oui
Axe temporel d'actualisation Calculée, depuis la date de référence et la date de clôture Automatique

Le formulaire accepte de 1 à 10 années de projection. Cinq années sont proposées par défaut. Un bouton permet d'afficher les années en relatif (« Année 1, Année 2… ») ou en millésimes calendaires.

Comment le calcul se déroule

1. La redevance brute de chaque année. On applique le taux de redevance au chiffre d'affaires attribuable à la marque. Un chiffre d'affaires de 4 000 000 € et un taux de 5 % donnent 200 000 € de redevance annuelle évitée.

2. La redevance nette d'impôt. Une charge de redevance aurait réduit le résultat imposable ; en ne la payant pas, on paie plus d'impôt. On retranche donc l'impôt : 200 000 € × (1 − 25 %) = 150 000 €.

3. L'actualisation. Actualiser, c'est ramener une somme future à sa valeur d'aujourd'hui, en la divisant par le taux d'actualisation autant de fois qu'il y a d'années d'attente. À 10 %, les 150 000 € de la troisième année ne pèsent que 112 700 € aujourd'hui.

4. La valeur terminale. On ne projette pas à l'infini. Au-delà de la dernière année saisie, tout ce qui suit est résumé en un seul montant, la valeur terminale, calculée selon le modèle de Gordon-Shapiro :

dernière redevance nette × (1 + croissance terminale) ÷ (taux d'actualisation − croissance terminale)

Traduit : une rente qui croît à 2 % par an à perpétuité, escomptée à 10 %, vaut environ douze fois et demie son montant annuel. Cette valeur terminale est ensuite actualisée comme le reste.

Elle est décochable. La case « Inclure une valeur terminale » est cochée par défaut, et c'est le bon réglage pour une marque : un dépôt se renouvelle indéfiniment, la perpétuité de Gordon-Shapiro décrit donc bien l'actif. La décocher a du sens dans un cas précis : quand on veut isoler la seule valeur des années explicitement projetées — pour montrer à un tiers ce que pèse la valeur terminale, ou pour produire un plancher très conservateur. Décochée, l'étape « Valeur terminale actualisée » disparaît du détail de calcul et une note du résultat indique qu'aucun flux n'est retenu au-delà de la dernière année.

C'est la variante brevet qui a réellement besoin de ce réglage, parce que le monopole s'y éteint : voir Exonération de redevances (brevet), qui ajoute en outre un horizon borné par la durée de protection résiduelle.

5. Le total. Somme des redevances nettes actualisées, plus — si la case est cochée — la valeur terminale actualisée.

Convention temporelle. Si la date de clôture comptable est connue, la première année n'est pas actualisée sur un an plein mais sur la fraction d'année qui sépare la clôture de la date de référence. Le montant du flux, lui, reste plein : Mukeï n'ampute jamais un montant automatiquement.

Deux garde-fous bloquants. Le taux d'actualisation doit être strictement supérieur au taux de croissance terminal, sans quoi la valeur terminale est infinie ou négative — le calcul est refusé, avec un message. Et il faut au moins une année de revenu.

Sensibilité. Mukeï fait varier le taux de redevance autour de la valeur retenue pour produire une fourchette basse / retenue / haute. C'est bien ce paramètre qui est testé, et non le taux d'actualisation : c'est lui qui porte le plus de discussion.

Niveau de confiance. Élevé dès cinq années de projection avec un taux de redevance non nul, moyen dès trois, faible en deçà. Seules les années à montant non nul comptent.

Deux situations font retomber le niveau quel que soit l'horizon : un taux de redevance nul — sans taux, la méthode ne valorise aucune exonération — et une valeur terminale qui pèse plus de 75 % du total, la valeur venant alors d'une rente supposée éternelle plutôt que des redevances projetées.

Quand la choisir, quand l'éviter

La choisir

  • C'est la méthode de référence pour une marque, admise par les normes d'évaluation d'actifs incorporels et attendue par les tiers.
  • Quand la marque supporte un chiffre d'affaires identifiable — un produit, une enseigne, une gamme.
  • Dans presque tous les cas d'usage : cession, apport, justification comptable, litige.

L'éviter

  • Quand aucune part du chiffre d'affaires ne peut être raisonnablement attribuée à la marque plutôt qu'au produit ou au réseau de distribution.
  • Sur une marque récente, sans historique de ventes et sans notoriété mesurable : le taux de redevance retenu ne serait alors qu'une opinion.
  • Comme unique méthode sur un dossier sensible. Croisez-la avec les coûts marketing (VRN) — l'une donne le potentiel, l'autre le plancher documenté.

Les pièges classiques

Saisir le chiffre d'affaires total de l'entreprise. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Ce qu'on attend, c'est le chiffre d'affaires attribuable à la marque valorisée. Une société multimarque qui saisit son chiffre d'affaires consolidé surévalue chaque marque de son portefeuille — et additionne des valeurs qui se recouvrent.

Confondre taux de redevance et marge. Un taux de redevance est un pourcentage du chiffre d'affaires, pas du résultat. Saisir 30 % parce que « la marge est de 30 % » produit une valeur absurde. Les taux observés se situent le plus souvent entre 1 % et 8 % selon les secteurs.

Oublier l'impôt. Le taux d'imposition est préréglé à 25 %. Le mettre à zéro gonfle la valeur d'un tiers. Ce n'est légitime que dans un cas précis, à documenter.

Projeter une croissance forte sur cinq ans. Chaque année saisie est un engagement d'hypothèse. Une progression de 15 % par an sur cinq ans doit s'appuyer sur autre chose qu'un espoir, parce qu'elle nourrit aussi la valeur terminale, calculée sur la dernière année.

Laisser la croissance terminale trop haute. À 2 %, la valeur terminale représente déjà couramment la moitié du résultat. Passer à 3 % la fait bondir. On ne fixe pas ce paramètre au-delà de la croissance de long terme de l'économie.

Ce que dit un tiers qui la conteste

« Votre taux de redevance est trop élevé. » L'objection la plus systématique, qu'elle vienne de l'administration fiscale ou de l'acquéreur. Le taux est le paramètre décisif : la valeur lui est proportionnelle. La réponse ne peut pas être « c'est le taux proposé par défaut ». Elle doit citer une fourchette sectorielle publiée, ou mieux, des accords de licence réels dans le même secteur — c'est le raisonnement de Smith & Parr. Mukeï produit systématiquement une analyse de sensibilité sur ce taux, ce qui permet de présenter une fourchette plutôt qu'un point, et de désamorcer le débat en le posant d'emblée.

« Ce chiffre d'affaires n'est pas dû à la marque. » Objection d'un acquéreur qui estime acheter un outil industriel, pas un nom. Il faut être capable de montrer ce qui distingue la marque : prime de prix par rapport aux concurrents sans marque, taux de réachat, notoriété assistée. À défaut, une part attribuable inférieure à 100 % du chiffre d'affaires est plus défendable qu'une part totale.

« La valeur terminale fait tout le travail. » Objection de commissaire aux comptes. Elle est légitime : sur cinq ans de projection, la valeur terminale pèse souvent de 45 % à 60 % du résultat. La réponse est de la montrer, pas de la cacher — le détail de calcul de Mukeï isole une étape « Valeur terminale actualisée » qu'on peut commenter, et de justifier la croissance retenue comme inférieure ou égale à l'inflation de long terme. Pour objectiver le débat, relancez le calcul avec la case « Inclure une valeur terminale » décochée : l'écart entre les deux chiffres est le poids de la valeur terminale, et le présenter d'emblée vaut mieux que de le laisser découvrir.

« Vous n'avez pas tenu compte des coûts d'entretien de la marque. » Objection technique et solide : un licencié verse une redevance et engage souvent des dépenses publicitaires contractuelles. La méthode telle qu'implémentée dans Mukeï ne déduit pas de coûts de maintien de la marque. Si votre dossier est exposé, la manœuvre est de retenir un taux de redevance dans la partie basse de la fourchette sectorielle et de le dire explicitement.

« Pourquoi ce résultat est-il si loin de vos coûts marketing ? » Ce n'est pas une faiblesse mais une information. Une valeur d'exonération très supérieure aux dépenses engagées signale une marque efficace ; l'inverse signale un investissement mal converti. Voir pourquoi plusieurs méthodes.

Références

  • Gordon Smith & Russell Parr, Intellectual Property: Valuation, Exploitation, and Infringement Damages — la référence méthodologique du relief from royalty.
  • IFRS 13 (évaluation à la juste valeur) et IAS 38 (immobilisations incorporelles) — le cadre normatif des méthodes d'évaluation d'actifs incorporels.

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