Explication

Lire un indice de cohérence

Ce que mesure l'indice de cohérence d'une estimation, et pourquoi un indice bas est une information plutôt qu'une erreur.

Après une estimation dans une démarche, Mukeï affiche une ligne discrète :

Indice de cohérence des approches — 68 %

Cette page explique ce que ce nombre mesure, ce qu'il ne mesure pas, et surtout ce qu'il faut en faire.


Ce qu'il mesure

L'indice de cohérence mesure l'accord entre les deux approches que l'estimation a croisées.

Chaque moteur d'estimation calcule la valeur de deux façons indépendantes :

Type d'actif Approche 1 Approche 2
Entreprise Flux de trésorerie actualisés (DCF) Comparables (EBE × multiple)
Logiciel Coûts de développement amortis Rendement (EBE × poids du code)
Marque Coûts marketing capitalisés Redevances économisées
Brevet Coûts R&D capitalisés Redevances économisées

Si les deux tombent sur des montants proches, l'indice est élevé. Si elles divergent fortement, il chute.

Un indice de 100 % signifie que les deux approches donnent le même chiffre. Un indice de 50 % signifie qu'elles s'écartent nettement. Un indice de 0 % signifie qu'elles racontent deux histoires sans rapport.


Comment il est calculé

Le principe est simple, et il vaut mieux le connaître pour ne pas surinterpréter le nombre.

Pour un logiciel, une marque ou un brevet, l'indice part de l'écart relatif entre les deux approches, rapporté à la valeur par les coûts. Cet écart est ensuite converti en indice, de façon qu'un écart nul donne 100 % et qu'un écart qui atteint le double de la valeur de référence tombe à 0 %.

Concrètement :

Écart entre les deux approches Indice
0 % 100 %
20 % 90 %
50 % 75 %
100 % (du simple au double) 50 %
200 % et au-delà 0 %

Pour une entreprise, le calcul est différent : il mesure la dispersion des quatre bornes obtenues (les scénarios haut et bas du DCF, les scénarios haut et bas des comparables) autour de leur moyenne. Plus ces quatre valeurs sont resserrées, plus l'indice est haut.

Deux formules pour un même nom. Il faut le savoir : l'indice d'un actif Entreprise et celui d'une marque ne sont pas calculés de la même façon. Les deux répondent à la même question — « ces approches sont-elles d'accord ? » — mais les nombres ne se comparent pas rigoureusement d'un type d'actif à l'autre. Lisez l'indice comme un signal, pas comme une mesure.


Comment le lire à l'écran

Le pourcentage est coloré selon trois seuils :

Couleur Seuil Ce que ça dit
Vert 75 % et plus Les deux approches convergent. La fourchette est solide.
Orange de 50 % à 74 % Un écart notable. Il y a quelque chose à comprendre.
Rouge moins de 50 % Les deux approches racontent des histoires très différentes.

L'écran n'affiche aucun libellé — pas de « bon », pas de « faible ». La couleur porte seule le sens.


Un indice bas n'est pas une erreur

C'est le point essentiel de cette page, et le plus contre-intuitif.

Un indice bas ne signifie pas que le calcul est faux. Il signifie que les deux façons de regarder l'actif ne donnent pas le même résultat — et c'est en soi une information de valeur.

Ce qu'un écart révèle vraiment

La valeur par les coûts est très supérieure à la valeur par les revenus. L'actif a coûté plus cher à construire qu'il ne rapportera. Cas classique : un logiciel sur-développé, une marque financée à grands frais publicitaires sans retour, un brevet qui n'a jamais trouvé son marché. Le message est dur mais utile : l'investissement n'a pas été récupéré.

La valeur par les revenus est très supérieure à la valeur par les coûts. L'actif rapporte bien plus qu'il n'a coûté. Bonne nouvelle en apparence — mais c'est aussi le profil d'une projection optimiste. Deux vérifications s'imposent : les revenus sont-ils vraiment attribuables à cet actif seul ? les projections tiennent-elles ?

Les deux approches sont proches. L'actif se paie à peu près ce qu'il a coûté. C'est le cas le plus fréquent sur un actif mature, et le plus confortable à défendre.

Un cas particulier à connaître

Si la valeur par les coûts est nulle ou négative — parce que l'actif est entièrement amorti, ou parce que l'historique de dépenses n'a pas été renseigné — l'indice tombe à 0 %. Ce n'est alors pas un signal de divergence : c'est un signal de donnée manquante. Vérifiez d'abord votre historique de dépenses avant de conclure quoi que ce soit.


Ce que l'indice ne mesure pas

Une liste courte, mais utile.

Il ne mesure pas la justesse de vos données. Deux approches nourries par les mêmes chiffres faux seront parfaitement cohérentes entre elles. Un indice de 95 % ne prouve rien sur la qualité de la saisie.

Il ne mesure pas la fiabilité de vos projections. Il compare deux résultats, pas la solidité des hypothèses qui y mènent.

Il ne remplace pas votre jugement. C'est un indicateur de dispersion, pas une note de qualité.

Il ne se compare pas d'un actif à l'autre, ni même d'un type d'actif à l'autre — les formules diffèrent.


Que faire d'un indice bas

Dans l'ordre :

  1. Regardez le bloc « Détail par approche. » Il donne les deux montants. Vous verrez immédiatement lequel tire dans quelle direction.
  2. Vérifiez vos saisies. Une erreur d'échelle — un facteur mille — produit toujours un indice effondré. C'est la première cause à écarter.
  3. Vérifiez l'exhaustivité de l'historique de coûts. Un historique partiel sous-estime mécaniquement l'approche par les coûts.
  4. Demandez-vous ce que l'écart raconte. Une fois les erreurs écartées, l'écart est un fait économique. Il mérite une phrase dans votre analyse, pas une correction.
  5. Passez à une évaluation complète si l'enjeu le justifie. Une estimation croise deux approches automatiques ; une évaluation vous laisse choisir vos méthodes, les paramétrer et les pondérer. Voir choisir ses méthodes.

Un mot sur un autre pourcentage

Ne confondez pas cet indice avec l'autre « cohérence » du produit : celle qui apparaît parfois sur la fiche d'un actif, au-dessus de la valeur retenue. Celle-ci mesure la dispersion entre vos valorisations enregistrées, pas entre deux approches d'une estimation. Les deux nombres portent le même mot et ne mesurent pas la même chose.


Pour aller plus loin