Le questionnaire extra-financier
Ce que mesure le questionnaire, et comment il agit sur le calcul : il pilote le taux d'actualisation, il ne multiplie pas la valeur.
Un actif immatériel ne se résume pas à ses chiffres. Deux marques qui réalisent le même chiffre d'affaires ne valent pas la même chose si l'une est déposée partout et reconnue, et l'autre exposée et fragile.
Le questionnaire extra-financier — abrégé QEF dans l'interface — sert à capturer cette dimension qualitative. Cette page explique ce qu'il mesure, et surtout comment il agit sur le calcul. Ce mécanisme est souvent mal compris, et il est central.
La règle, en une phrase
Le questionnaire ne multiplie pas la valeur. Il remplace le taux d'actualisation des méthodes qui actualisent des flux.
C'est un choix de conception assumé, et il vaut la peine d'être expliqué.
Actualiser, c'est ramener une somme future à sa valeur d'aujourd'hui. 100 € promis dans cinq ans valent moins que 100 € reçus maintenant : il faut attendre, et l'attente comporte un risque. On divise donc chaque flux futur par un taux — le taux d'actualisation — appliqué autant de fois qu'il y a d'années.
Ce taux mesure le risque. Plus l'actif est risqué, plus le taux monte, plus la valeur obtenue baisse. Le détail de ce mécanisme est dans L'actualisation.
Or c'est exactement ce que le questionnaire évalue : le risque attaché à un actif. Une marque mal protégée, un logiciel à la dette technique lourde, un brevet contestable : ce sont des risques. Les traduire en taux d'actualisation est financièrement correct — et surtout défendable devant un tiers.
L'alternative aurait été un coefficient multiplicateur : « votre note est bonne, on multiplie la valeur par 1,3 ». Cette approche a été écartée. Un multiplicateur est un coefficient opaque, impossible à justifier devant un vérificateur fiscal ou un acquéreur. Une prime de risque documentée, elle, se discute dans le vocabulaire standard de l'évaluation financière.
Ce que le questionnaire mesure
Le questionnaire est propre au type d'actif. Les questions posées à une marque n'ont rien à voir avec celles posées à un logiciel.
Marque — 4 catégories, 20 questions
| Catégorie | Poids | Ce qu'elle explore |
|---|---|---|
| Notoriété directe & indirecte | 25 % | Reconnaissance spontanée et assistée, présence média non sponsorisée, part de marché, bouche-à-oreille. |
| Réputation & Confiance | 25 % | Satisfaction client, confiance des parties prenantes, fidélisation, transparence perçue. |
| Image, Influence & Singularité | 25 % | Perception d'innovation, distinctivité de l'identité, influence sur le secteur, attachement émotionnel. |
| Protection intellectuelle | 25 % | Étendue des dépôts, historique de litiges, structure du portefeuille, veille et renouvellements. |
Brevet — 1 catégorie, 15 questions
Une seule catégorie, Critères du brevet, qui pèse donc 100 %. Elle couvre la solidité juridique des revendications, l'étendue territoriale de la protection, le caractère innovant, l'historique de contentieux, le potentiel de licence, la pérennité de la technologie et sa transposabilité à d'autres secteurs.
Logiciel — 4 catégories
| Catégorie | Poids | Ce qu'elle explore |
|---|---|---|
| Qualité technique | 25 % | Bonnes pratiques, obsolescence, sécurité du code, documentation. |
| Qualité fonctionnelle | 25 % | Adéquation des fonctionnalités au besoin. |
| Performance économique | 25 % | Rentabilité du code au regard de ce qu'il coûte à maintenir. |
| Qualité de service | 25 % | Satisfaction utilisateur, disponibilité, fréquence des anomalies. |
Chaque question se répond sur une échelle de 1 à 5, et chaque niveau est décrit par une phrase explicite — pas seulement un chiffre. Pour le logiciel, l'échelle est formulée en positionnement de marché : de worst in class à best in class.
⚠️ Le questionnaire n'existe pas pour le type Entreprise
Aujourd'hui, le questionnaire est disponible pour trois types d'actifs seulement : Marque, Brevet et Logiciel. Sur un actif de type Entreprise, l'interface affiche « Score non disponible pour ce type d'actif ».
Ce n'est pas un oubli d'affichage : aucun jeu de questions n'est défini pour l'entreprise. Sur un actif Entreprise, le taux d'actualisation reste donc celui que vous saisissez ou celui que Mukeï calcule par défaut, sans intervention du questionnaire.
Comment la note est calculée
Le calcul se fait en trois temps, sans pondération cachée.
- Moyenne par catégorie. Les réponses d'une catégorie (chacune de 1 à 5) sont moyennées, puis ramenées sur une échelle de 0 à 100. Une réponse moyenne de 1 donne 0 ; une réponse moyenne de 5 donne 100.
- Moyenne pondérée. Les scores de catégorie sont combinés selon les poids du tableau ci-dessus. La somme des poids fait toujours 1.
- Une note unique sur 100.
Une question laissée sans réponse est comptée comme un 1 — la note la plus basse. Le questionnaire incomplet pénalise donc l'actif. C'est prudent, mais cela signifie qu'il faut le remplir en entier pour qu'il soit représentatif.
Comment la note devient un taux
La note pilote le taux d'actualisation par une courbe décroissante : meilleure note, moins de risque, taux plus bas, valeur plus haute.
Trois repères pour fixer les idées :
| Note extra-financière | Taux d'actualisation appliqué |
|---|---|
| 100 / 100 | environ 3,4 % |
| 60 / 100 | environ 16,7 % |
| 5 / 100 | environ 25,9 % |
L'écart est considérable, et c'est délibéré. Entre un taux de 3,4 % et un taux de 16,7 %, la valeur actualisée de flux projetés sur dix ans peut être divisée par deux ou davantage. Le questionnaire n'est pas un ornement : il a un effet matériel sur le résultat.
Un exemple chiffré
Prenons une marque fictive, Bergamote & Cie, qui génère 90 000 € de redevances évitées par an, projetées sur huit ans.
| Situation | Note | Taux appliqué | Ordre de grandeur de la valeur |
|---|---|---|---|
| Marque bien protégée, notoriété forte | 82 | ≈ 7 % | ≈ 540 000 € |
| Marque correctement gérée, sans excès | 55 | ≈ 18 % | ≈ 370 000 € |
| Marque fragile, dépôts partiels, litiges | 25 | ≈ 23 % | ≈ 310 000 € |
Chiffres inventés pour l'illustration. Ce qu'ils montrent : la même marque, avec les mêmes redevances, ne vaut pas la même chose selon la solidité de ce qui la protège. C'est précisément ce qu'un acquéreur ou un vérificateur attend de voir pris en compte.
Quelles méthodes sont concernées
C'est le point à retenir : le questionnaire n'agit que sur les méthodes qui actualisent des flux. Cinq méthodes sont concernées.
| Méthode | Type d'actif |
|---|---|
| Exonération de redevances | Marque |
| Valeur de rendement | Marque |
| Exonération de redevances (brevet) | Brevet |
| Valeur de rendement (brevet) | Brevet |
| Valeur de rendement (logiciel) | Logiciel |
Toutes les autres méthodes du catalogue ignorent la note. Une valorisation par les coûts historiques (VRN), par COCOMO ou par multiple ARR ne bouge pas d'un euro selon que vous ayez rempli le questionnaire ou non — ces méthodes ne comportent pas d'actualisation de flux futurs pilotable par le risque.
Cela peut surprendre, mais c'est cohérent : le questionnaire mesure un risque sur l'avenir. Ce qui a déjà été dépensé n'est pas risqué, il est dépensé.
La note remplace le taux, elle ne l'ajuste pas
Un détail de mécanique qui a des conséquences pratiques.
Quand un actif porte une note extra-financière, le taux d'actualisation dérivé de cette note se substitue intégralement au taux qui aurait été utilisé — celui que vous avez saisi, ou celui calculé par défaut. Il ne s'y ajoute pas, il ne le corrige pas à la marge.
Concrètement : si vous saisissez 9 % de taux d'actualisation sur une marque notée 60, le calcul utilisera 16,7 %, pas 9 %.
Deux garde-fous accompagnent ce comportement :
- Une note nulle ou absente ne déclenche rien. Sans questionnaire rempli, le taux que vous avez saisi est utilisé tel quel.
- La substitution est tracée. La valorisation enregistre les trois valeurs : la note obtenue, le taux effectivement appliqué, et le taux de base qui a été remplacé. Elles apparaissent dans les paramètres du calcul et dans le rapport. Personne ne peut vous reprocher un taux inhabituel : il est expliqué.
C'est la note la plus récente de l'actif qui s'applique. Si vous remplissez à nouveau le questionnaire, les valorisations déjà calculées ne bougent pas — elles gardent le taux en vigueur au moment de leur calcul. Il faut les relancer pour qu'elles tiennent compte de la nouvelle note.
Ce que cela implique pour vous
Remplissez le questionnaire avant de lancer vos calculs, pas après. Sinon vous devrez relancer les valorisations concernées.
Répondez honnêtement. La tentation de se surnoter est réelle : une bonne note fait monter la valeur. Mais chaque réponse est conservée, et le questionnaire figure au rapport. Une marque notée « leader reconnu du marché » alors que personne ne la connaît est un cadeau fait à la partie adverse.
Le questionnaire est un argument, pas un curseur. Sa vraie valeur n'est pas d'augmenter le chiffre : c'est de rendre explicite pourquoi votre actif mérite un taux de risque particulier. Voir Pourquoi une valorisation est opposable.
Pour aller plus loin
- L'actualisation — pourquoi le taux pilote la valeur.
- Le coût du capital (WACC) — le taux utilisé quand le questionnaire n'intervient pas.
- Catalogue des méthodes — quelles méthodes actualisent, quelles méthodes non.
- Les limites de l'exercice — ce qu'un questionnaire déclaratif ne peut pas garantir.
