Référence

Multiple ARR (SaaS)

Valoriser un logiciel par abonnement en appliquant un multiple au revenu récurrent annuel — et pourquoi le churn ne fait pas partie de cette méthode.

Type d'actif : Logiciel · Approche : Marché

En une phrase

On applique au revenu récurrent annuel du logiciel un multiple observé sur le marché des éditeurs par abonnement.


Ce qu'elle mesure vraiment

C'est la méthode que parlent les investisseurs du secteur logiciel. Elle repose sur un constat empirique : un revenu récurrent vaut structurellement plus cher qu'un revenu ponctuel de même montant.

Vendre pour 500 000 € de licences perpétuelles une année n'engage rien sur l'année suivante. Encaisser 500 000 € d'abonnements annuels, c'est disposer d'une base de clients qui, statistiquement, restera en grande partie. Le marché paie cette prévisibilité — et il la paie par un multiple élevé.

ARRAnnual Recurring Revenue, revenu récurrent annuel : le chiffre d'affaires annualisé des abonnements en cours à la date d'évaluation. On l'obtient généralement en multipliant le MRR (revenu mensuel récurrent) par douze. Il exclut par nature tout ce qui n'est pas récurrent : prestations d'intégration, formations, développements spécifiques, ventes de matériel.

Le multiple est un coefficient de marché. Un éditeur SaaS mature en croissance modérée se négocie souvent entre 3 et 6 fois son ARR ; un éditeur en forte croissance sur un marché porteur peut dépasser 10. Ces niveaux varient fortement avec le cycle des marchés financiers.

Le churn — taux d'attrition — mesure la part de clients perdus sur une période. C'est l'indicateur qui, en théorie, devrait piloter le multiple : plus la base est fidèle, plus le revenu futur est sûr, plus le multiple monte. Mais ce n'est pas un paramètre de cette méthode : le churn ne se saisit pas ici, et le moteur ne l'utilise pas. Il relève de la méthode LTV (Life Time Value), qui existe dans le classeur d'évaluation Mukeï et n'est pas encore portée dans l'application. Voir plus bas comment en tenir compte malgré tout.


Pour quel type d'actif

Logiciel, vendu par abonnement. La méthode suppose trois choses : un modèle d'abonnement réel, une base de clients suffisante pour que les moyennes aient un sens, et une comptabilité qui sait isoler le récurrent du ponctuel.

Elle ne convient pas à un logiciel vendu en licence perpétuelle, à un outil interne sans facturation, ni à un produit à quelques clients — où la perte d'un seul déplacerait tout.


Les données qu'elle demande

Donnée Origine Obligatoire
ARR (revenu récurrent annuel) Saisie — prérempli depuis les données de l'actif Oui
Multiple ARR Saisie — défaut sectoriel proposé Oui
Date d'évaluation Saisie Oui
Devise Héritée de l'actif Automatique

Deux champs à saisir. C'est la méthode la plus rapide à renseigner du catalogue — et celle où tout se joue sur un seul chiffre, le multiple.


Comment le calcul se déroule

Aucune actualisation, aucune projection, aucune convention temporelle particulière. Une seule opération.

1. Le calcul

Valeur = ARR × multiple

ARR 900 000 € × 4,5 = 4 050 000 €

C'est l'unique étape de calcul enregistrée. Le résultat est arrondi à l'euro et assorti d'un niveau de confiance moyen, et c'est un plafond assumé : le multiple est un jugement de l'évaluateur, pas une donnée. Il concentre à lui seul la croissance, la rétention et l'attrition. Le moteur ne fait que multiplier deux nombres — toute la valeur du résultat tient dans le choix du multiple, que le moteur ne peut ni vérifier ni rattacher à un référentiel.

2. Le churn n'est pas un paramètre de cette méthode

Point important, à connaître avant de présenter un résultat.

Le churn ne se saisit pas et n'entre dans aucun calcul. Le formulaire ne le demande pas ; le moteur ne le lit pas. Ce n'est pas un manque : le taux d'attrition appartient à la méthode LTV (Life Time Value), qui valorise un portefeuille de clients à partir de la marge par client et de sa durée de vie moyenne. Cette méthode existe dans le classeur d'évaluation Mukeï et sera portée dans l'application avec le type d'actif « Portefeuille Clients ». Elle n'y figure pas encore.

Un multiple ARR fait autre chose : il applique une observation de marché à un revenu constaté. L'attrition est déjà, implicitement, dans le multiple observé — puisque les éditeurs de l'échantillon ont eux aussi du churn.

Conséquence pratique : l'ajustement au churn est à votre main. C'est en choisissant le multiple que vous intégrez la qualité de la base clients. Un churn mensuel de 1 % justifie un multiple haut de fourchette ; un churn de 5 % — soit la moitié de la base perdue en un an — appelle un multiple nettement plus bas. Ce raisonnement doit être écrit dans le rapport, puisque le moteur ne le fait pas à votre place.

Pour l'étayer, la durée de vie moyenne d'un client se calcule à la main : 1 ÷ churn mensuel mois. Un churn de 2 % par mois donne 50 mois, soit un peu plus de quatre ans.


Quand la choisir, quand l'éviter

La choisir quand :

  • le logiciel est vendu par abonnement, avec un ARR mesurable et isolé du ponctuel ;
  • l'interlocuteur est un investisseur ou un acquéreur du secteur : c'est le langage standard des opérations SaaS ;
  • l'éditeur est en croissance et la valeur tient à la récurrence plutôt qu'au patrimoine ou au code ;
  • on veut un ordre de grandeur rapide, à confronter à une méthode plus lourde.

L'éviter quand :

  • le modèle est en licence perpétuelle, en régie ou au projet — il n'y a alors pas d'ARR au sens propre ;
  • la base d'abonnés est trop petite pour que les moyennes signifient quelque chose ;
  • une part importante du chiffre d'affaires est non récurrente et n'a pas été écartée ;
  • le churn est élevé au point que l'ARR d'aujourd'hui ne dit rien de celui de l'an prochain ;
  • l'objectif est une justification comptable ou fiscale : un multiple de marché est un argument faible devant un vérificateur, qui préférera des dépenses tracées.

Les pièges classiques

Gonfler l'ARR avec du non-récurrent. Le piège numéro un. Prestations de mise en service, formations, développements spécifiques, revente de matériel : rien de tout cela n'est récurrent, et tout cela se retrouve souvent dans le chiffre d'affaires total. Le multiple appliqué à ces montants surévalue directement. Un acquéreur commence toujours par ce retraitement.

Prendre l'ARR de la meilleure période. L'ARR se mesure à une date. Retenir un pic saisonnier ou l'ARR juste après la signature d'un gros contrat n'est pas représentatif.

Croire que le churn a corrigé le multiple. Il ne l'a pas fait — et il ne peut pas le faire, puisqu'il n'est pas saisi. C'est à l'évaluateur d'en tenir compte dans le multiple retenu, et de l'écrire.

Prendre un multiple observé au sommet du marché. Les multiples SaaS ont varié d'un facteur trois entre 2021 et 2023. Un multiple doit être daté, et sa source citée.

Appliquer un multiple de société cotée à une PME. Comme pour les comparables sectoriels, un multiple observé sur des sociétés cotées suppose de la liquidité, de la taille et un audit. Une décote est généralement nécessaire — ici, elle doit être intégrée directement dans le multiple, le formulaire n'offrant pas de champ dédié.

Oublier que le multiple porte sur la valeur d'entreprise. Les multiples ARR publiés sont le plus souvent des multiples de valeur d'entreprise. Si le logiciel est porté par une société endettée, le passage aux capitaux propres reste à faire. Voir valeur d'entreprise et capitaux propres.


Ce que dit un tiers qui la conteste

« Votre ARR n'est pas de l'ARR. » Première vérification de tout acquéreur. La réponse attendue est un tableau de passage : chiffre d'affaires total, moins les prestations, moins les ventes ponctuelles, égale ARR. Ce document se dépose sur l'actif et se cite dans le rapport.

« D'où vient votre multiple ? » Question centrale, puisque le résultat lui est strictement proportionnel. Un multiple daté, sourcé et rattaché à un échantillon d'éditeurs comparables en taille et en croissance se défend. Un multiple rond posé sans source ne résiste pas à trois questions.

« Votre churn ne justifie pas ce multiple. » Objection redoutable, parce qu'elle est chiffrable. Un churn mensuel de 4 % signifie une durée de vie client d'environ deux ans : appliquer un multiple de 6 revient à supposer trois fois cette durée. La parade consiste à produire ce calcul de durée de vie dans le rapport et à montrer que le multiple retenu est cohérent avec elle. Mukeï ne le fait pas pour vous sur cette méthode.

« Vous n'avez pas tenu compte de la concentration clients. » Un ARR dont 40 % provient d'un seul client n'a pas la robustesse d'un ARR réparti sur trois cents comptes. Le multiple devrait en tenir compte ; rien dans le formulaire ne le capte. C'est un point à documenter explicitement.

« Ce multiple ignore la rentabilité. » Vrai : deux éditeurs au même ARR, l'un rentable, l'autre brûlant de la trésorerie, obtiennent la même valeur par cette méthode. C'est sa limite structurelle, et la raison de la croiser avec une valeur de rendement, qui, elle, part de la marge.


Références

  • Jeu de multiples sectoriels Damodaran / Stern School of Business, millésime Europe, embarqué dans le produit et modifiable.
  • IAS 38 (immobilisations incorporelles) pour le cadre de reconnaissance d'un actif logiciel.

Pour aller plus loin