Les données financières
Saisir un historique financier : quels agrégats, sur combien d'exercices, comment gérer les trous.
Un actif sans chiffres ne se valorise pas. Cette page explique où on saisit les données financières, ce qu'elles recouvrent et comment traiter les cas imparfaits — un exercice manquant, une donnée approximative, une année atypique.
Le vocabulaire, une fois pour toutes
Chiffre d'affaires (CA). Les ventes de l'exercice, hors taxes.
EBE — excédent brut d'exploitation. Ce que l'activité dégage avant amortissements, provisions, intérêts et impôts. C'est la mesure la plus proche de la trésorerie produite par l'exploitation courante. Vous le trouverez dans votre compte de résultat, ou votre expert-comptable vous le donnera en trente secondes.
EBITDA. Le terme anglo-saxon pour la même idée. Très proche de l'EBE, et utilisé de façon interchangeable dans le produit. Les multiples sectoriels du marché s'expriment presque toujours en EBITDA.
Dette financière nette. Les emprunts, moins la trésorerie disponible. Une société avec 400 000 € d'emprunts et 220 000 € en banque a une dette nette de 180 000 €. Elle sert à passer de ce que vaut l'activité à ce qui revient réellement à l'actionnaire.
FCF — flux de trésorerie disponible. L'argent qui reste réellement disponible après les investissements nécessaires au maintien de l'activité. C'est ce que le DCF actualise.
Exercice. La période comptable, généralement douze mois. Souvent l'année civile, pas toujours.
Trois endroits, trois usages
Les données financières ne se saisissent pas à un seul endroit, et c'est volontaire.
| Où | Quand l'utiliser | Ce qu'on obtient |
|---|---|---|
| Le formulaire de la méthode | Un calcul ponctuel, pour un ordre de grandeur. | Le calcul se fait, mais les chiffres restent attachés à cette valorisation. |
| L'onglet Données de la fiche | Construire un historique réutilisable par plusieurs méthodes. | Un historique par exercice, qui alimente les projections. |
| La phase « Jeu de données » d'une démarche | Une mission complète, avec un jeu de données validé et daté. | Un jeu figé, validé, opposable, repris dans le rapport. |
Le troisième chemin est le plus rigoureux : c'est celui d'une démarche. Voir la phase Jeu de données.
L'historique par exercice
Dans l'onglet Données de la fiche, un tableau recueille l'historique factuel de l'actif. Le sous-titre le présente ainsi : « L'historique factuel de l'actif — socle de toutes les évaluations. »
Une ligne par exercice, et six colonnes réparties en deux groupes.
Les produits — ce que l'activité génère
| Colonne | Ce qu'on y met |
|---|---|
| Chiffre d'affaires | Les ventes de l'exercice. |
| EBE | L'excédent brut d'exploitation. |
| Investissement | Ce qui a été immobilisé pendant l'exercice. |
Les coûts — ce qui a été dépensé pour construire l'actif
| Colonne | Ce qu'on y met |
|---|---|
| Marketing / promo | Publicité, création, sponsoring, référencement payant. |
| Salaires internes | La masse salariale affectée à l'actif. |
| Prestataires | Les prestations externes. |
Les trois colonnes de coûts servent les méthodes par les coûts : ce sont elles qui alimentent les calculs de valeur de remplacement pour un logiciel, une marque ou un brevet.
Un bouton Ajouter un exercice ouvre une nouvelle ligne. Le tableau ne s'enregistre pas à chaque frappe : il faut cliquer sur Enregistrer. Tant que ce n'est pas fait, un avertissement s'affiche : « Modifications non enregistrées — cliquez sur « Enregistrer ». »
Combien d'exercices ?
Trois exercices sont le minimum sérieux. En dessous, on ne lit pas une tendance, on lit un point — et un point n'a pas de direction.
Cinq exercices sont confortables pour une entreprise établie : de quoi voir un cycle, repérer une année atypique et calculer une croissance moyenne qui veut dire quelque chose.
Pour les méthodes par les coûts, remontez à l'origine. Si vous valorisez une marque par ses dépenses marketing accumulées, il faut toutes les dépenses, depuis le début — pas les trois dernières années. C'est le seul cas où on remonte aussi loin que possible.
Une jeune entreprise n'a pas d'historique, et ce n'est pas rédhibitoire. Les méthodes tournées vers le potentiel travaillent sur des projections. Mais sachez qu'un chiffre bâti uniquement sur des projections est plus facile à contester : c'est la nature de l'exercice, pas un défaut de l'outil.
Gérer les trous
Les données réelles sont rarement complètes. Voici la conduite à tenir.
Un exercice manquant en plein milieu. Laissez la cellule vide plutôt que d'y mettre zéro. Zéro est une information — « cette année-là, aucune vente » — et une information fausse fera dériver toutes les moyennes.
Une donnée que vous connaissez approximativement. Saisissez-la, et consignez l'approximation. Une estimation documentée vaut mieux qu'un trou : le trou est invisible dans le rapport, l'estimation est discutable. Un tiers ne vous reprochera pas d'avoir estimé une donnée ; il vous reprochera de l'avoir fait sans le dire.
Une année atypique. Un exercice de neuf mois après un changement de date de clôture, une année de crise, une cession exceptionnelle : ne la corrigez pas dans le tableau. Saisissez le chiffre réel, et expliquez l'anomalie dans l'avis d'expert ou le texte de la démarche. Corriger silencieusement un chiffre comptable est la meilleure façon de perdre un contrôle fiscal.
Un exercice non clos. Le produit prévoit ce cas dans les méthodes par les coûts, avec un paramètre « Inclure l'exercice en cours » — décrit ainsi : « Inclut les investissements de l'exercice en cours déjà réalisés (entre la clôture et la date de référence). » Il est désactivé par défaut : par prudence, on ne compte que les exercices clos.
Prévisionnel : ce qui compte
Certaines méthodes ne travaillent pas sur le passé mais sur l'avenir : le DCF, les valeurs de rendement, l'exonération de redevances. Elles demandent des projections.
Trois règles pratiques :
- Cinq ans est l'horizon standard. Le produit ouvre les formulaires de flux à cinq lignes, extensibles jusqu'à dix. Au-delà de dix ans, plus personne ne vous croit — c'est pour cela qu'existe la valeur terminale.
- Une projection doit se raccorder au réel. Si votre dernier exercice fait 2,4 M€ de chiffre d'affaires et que votre première année projetée en fait 4 M€, il faut une raison nommée : un contrat signé, une levée réalisée, un marché gagné.
- La croissance ne se maintient pas indéfiniment. Une croissance de 30 % par an sur cinq ans multiplie le chiffre d'affaires par 3,7. C'est possible ; c'est rare ; ça se démontre.
Attention à l'unité
L'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Les montants se saisissent en unités, pas en milliers : 2 400 000 pour 2,4 millions d'euros.
Une dette saisie à 180 000 000 au lieu de 180 000 produit un résultat parfaitement plausible en apparence — et faux d'un facteur mille.
Le réflexe qui protège : après chaque calcul, lisez les étapes intermédiaires plutôt que le montant final. Une erreur d'échelle y saute aux yeux ; dans le montant final, jamais. Voir lire un résultat.
La devise
Chaque actif porte sa devise, et les montants se saisissent nativement dedans. Mukeï ne convertit pas : la devise est une étiquette. Un actif en dollars se saisit en dollars et se restitue en dollars.
Une seule exception : le rapport d'une démarche peut être présenté dans une devise différente, avec une conversion appuyée sur les taux de la Banque centrale européenne.
Un défaut connu. L'historique de valeur d'un actif — la courbe d'évolution de l'onglet Valorisations — étiquette ses points en euros quelle que soit la devise réelle de l'actif. Les montants sont justes ; l'étiquette de devise ne l'est pas toujours. Si vous travaillez en devise étrangère, fiez-vous à la devise affichée sur chaque valorisation.
Pour aller plus loin
- La fiche actif — où trouver l'onglet Données
- La phase Jeu de données — la version encadrée
- Valeur d'entreprise et capitaux propres
