Actif net réévalué (ANR)
L'approche patrimoniale : ce que vaudrait l'entreprise si l'on cédait ses actifs un par un, et pourquoi c'est un plancher.
Type d'actif : Entreprise · Approche : Effort
En une phrase
L'ANR mesure le patrimoine : on réévalue les actifs du bilan à leur valeur réelle de marché, on retranche toutes les dettes, et on obtient ce qui resterait si l'on vendait l'entreprise pièce par pièce.
Ce qu'elle mesure vraiment
Les deux autres méthodes Entreprise regardent la rentabilité — ce que l'activité produit, ce que le marché paie. L'ANR change de question : que possède l'entreprise, et combien vaudrait ce qu'elle possède ?
Le point de départ est le bilan comptable. Mais le bilan ment, structurellement et légalement : il inscrit les actifs à leur valeur historique, corrigée d'amortissements dont le rythme est fiscal avant d'être économique. Un immeuble acheté 400 000 € il y a vingt ans figure au bilan à une valeur nette proche de zéro alors qu'il en vaut 900 000. Une machine amortie en cinq ans peut encore produire pendant dix.
L'ANR corrige cet écart. Il applique aux actifs un coefficient de réévaluation — l'écart entre leur valeur comptable et leur valeur de marché — puis retranche les passifs exigibles, qui, eux, sont généralement inscrits pour leur montant réel.
Ce qui reste est l'actif net réévalué : la valeur patrimoniale. C'est une valeur de liquidation ordonnée, pas une valeur d'exploitation. Elle ne suppose aucune projection, aucune actualisation, aucune hypothèse de rentabilité future.
Pour quel type d'actif
Entreprise. Et parmi les entreprises, celles dont la valeur tient effectivement à ce qu'elles détiennent : industrie lourde, foncier, transport, négoce à stock important, holdings patrimoniales.
Sur une société de services ou une jeune pousse, elle donnera un chiffre exact et sans intérêt : l'essentiel de la valeur d'une agence de conseil ou d'un éditeur de logiciel n'est pas à son bilan. C'est d'ailleurs le point de départ de tout le produit Mukeï — l'immatériel n'apparaît nulle part dans les comptes.
Les données qu'elle demande
| Donnée | Origine | Obligatoire |
|---|---|---|
| Total des actifs | Saisie — prérempli depuis les données financières de l'actif | Oui |
| Total des passifs | Saisie — prérempli | Oui |
| Coefficient de réévaluation | Saisie, défaut 1 (aucune réévaluation) | Non |
| Date d'évaluation | Saisie, défaut aujourd'hui | Oui |
| Devise | Héritée de l'actif | Automatique |
Le coefficient est accepté entre 0,5 et 3 : de −50 % à ×3. Un coefficient de 1,2 signifie « les actifs valent 20 % de plus que leur valeur comptable ».
C'est la méthode la plus frugale du catalogue en nombre de champs — et la plus exigeante en travail préparatoire, puisque tout le sujet est de savoir quel coefficient retenir.
Comment le calcul se déroule
Deux étapes, sans actualisation ni convention temporelle particulière. La date d'évaluation ne sert ici qu'à horodater le résultat : aucun flux n'est projeté.
1. Réévaluation des actifs
Actifs réévalués = total des actifs × coefficient
2 400 000 € × 1,15 = 2 760 000 €
2. Déduction des passifs
ANR = actifs réévalués − total des passifs
2 760 000 − 1 050 000 = 1 710 000 €
C'est tout. Le résultat est arrondi à l'euro, assorti d'un niveau de confiance élevé — non pas parce que le chiffre serait juste, mais parce que le calcul lui-même ne comporte aucune incertitude : il n'y a pas d'hypothèse de projection à se tromper. Toute la fragilité s'est déplacée en amont, dans le coefficient.
Le coefficient est global, pas poste par poste. Le moteur applique un coefficient unique au total des actifs. En pratique, un évaluateur réévalue chaque poste séparément — l'immobilier à +120 %, le matériel à −30 %, les stocks à −15 % — puis calcule le coefficient d'ensemble qui en résulte. Ce travail se fait avant la saisie, et se documente dans les pièces déposées sur l'actif.
Quand la choisir, quand l'éviter
La choisir quand :
- l'entreprise détient un patrimoine significatif : immobilier, équipements, stocks, participations ;
- l'objectif est un apport en nature — le commissaire aux apports cherche avant tout un plancher défendable, pas un potentiel ;
- l'objectif est une justification comptable ou fiscale : elle repose sur des postes de bilan vérifiables ;
- la société est en restructuration ou en difficulté, et l'hypothèse de continuité d'exploitation est fragile ;
- on veut poser une borne basse sous un DCF qui paraît audacieux.
L'éviter quand :
- l'entreprise est une société de services, un éditeur ou une jeune pousse : l'ANR la sous-évaluera massivement, et le chiffre n'aidera personne ;
- l'essentiel de la valeur est immatériel — c'est-à-dire, très souvent ;
- l'entreprise est rentable et pérenne : l'acquéreur achète des flux, pas des murs ;
- on ne dispose d'aucune base sérieuse pour fixer le coefficient. Un coefficient de 1 posé par défaut ne réévalue rien : la méthode se réduit alors aux capitaux propres comptables, et il vaut mieux le dire que le déguiser.
Les pièges classiques
Laisser le coefficient à 1 sans le dire. Le résultat est alors exactement les capitaux propres comptables. Ce n'est pas faux, mais ce n'est plus un « actif net réévalué » : le mot réévalué devient trompeur dans un rapport présenté à un tiers. Si aucune réévaluation n'a été menée, il faut l'écrire.
Confondre passifs et dettes financières. Le champ attend le total des passifs exigibles : dettes financières, dettes fournisseurs, dettes fiscales et sociales, provisions. Ne retenir que l'emprunt bancaire surévalue l'ANR de tout le reste du passif circulant.
Inclure les capitaux propres dans les passifs. Erreur de lecture de bilan classique. Les capitaux propres sont le résultat du calcul, pas une de ses entrées. Les inclure produit un ANR proche de zéro.
Oublier les passifs hors bilan. Engagements de retraite, litiges en cours, garanties données, crédit-bail : rien de tout cela n'apparaît nécessairement au total des passifs, et tout cela réduit la valeur réelle. Un acquéreur les cherchera.
Réévaluer un stock à la hausse. Réflexe fréquent, rarement fondé. Un stock se liquide généralement avec décote, pas avec prime — sauf matières premières cotées.
Prendre l'ANR pour une réponse. C'est le piège le plus coûteux. L'ANR ignore par construction tout ce qui n'est pas au bilan : la marque, le portefeuille clients, le savoir-faire, le logiciel développé en interne. Sur une entreprise qui vaut par son immatériel, il donne un plancher — jamais une valeur.
Ce que dit un tiers qui la conteste
« Sur quoi repose votre coefficient de réévaluation ? » C'est la seule vraie question sur cette méthode, et elle est imparable si rien ne l'étaye. La réponse attendue : une expertise immobilière datée, des cotations de matériel d'occasion, un inventaire valorisé. Ces pièces se déposent sur l'actif et sont listées dans le rapport. Un coefficient sans pièce est un chiffre en l'air.
« Vous avez oublié la fiscalité latente. » Objection technique et fréquente chez les experts-comptables. Réévaluer un immeuble de +500 000 € crée une plus-value qui serait imposée si l'actif était réellement cédé. Un ANR rigoureux retranche cet impôt latent. Le moteur ne le fait pas : ce retraitement doit être intégré en amont, en minorant le coefficient ou le total des actifs, et mentionné dans le rapport.
« Votre ANR est très inférieur au DCF, lequel croire ? » Ce n'est pas une contradiction, c'est le résultat normal sur une entreprise rentable : elle vaut plus que la somme de ses murs, sinon il faudrait la liquider. L'écart mesure précisément ce que vaut l'exploitation au-delà du patrimoine — un argument, pas une faiblesse. Voir pourquoi plusieurs méthodes.
« Vous valorisez en continuité ou en liquidation ? » Deux jeux de coefficients très différents. Une liquidation forcée décote fortement — le matériel spécialisé ne trouve pas preneur. Une cession ordonnée décote peu. Le rapport doit dire laquelle des deux hypothèses a été retenue.
« Et l'immatériel ? » Objection à retourner : c'est exactement ce que l'ANR ne mesure pas, et c'est pourquoi le dossier comporte d'autres méthodes. Sur une entreprise éditrice de logiciel, l'ANR de la société et une valorisation séparée du logiciel se complètent au lieu de se concurrencer.
Références
- Plan comptable général et IAS 36 (dépréciation d'actifs) — le cadre de référence cité par le moteur pour l'approche patrimoniale.
- IFRS 13 pour la notion de juste valeur, sous-jacente à la réévaluation.
Pour aller plus loin
- Catalogue des méthodes
- Les trois approches
- Discounted Cash Flow — l'approche Potentiel à croiser.
- Comparables sectoriels
- Les limites de l'exercice
